« On livre à Mme Joissains, sur un plateau, une ville qui va très bien. » Sonné, abasourdi, Alexandre Medvedowski, premier adjoint et dauphin déclaré de Jean-François Picheral, ne s'explique,
ni ne digère la défaite. Un bilan économique quasi unanimement reconnu, une droite divisée et des sondages favorables, autant d'éléments qui devaient assurer à « Piche » la tranquille assurance
d'un troisième mandat. Bien sûr, l'opération Sextius-Mirabeau et l'aménagement du pont Mirabeau n'avaient pas fait l'unanimité. Et le rapport de la chambre régionale des comptes, publié en
début de campagne, qui fustigeait la mauvaise gestion de la ville, avait été du pain bénit pour l'opposition. Mais l'équipe sortante pouvait parier sur l'essor de l'emploi et sur les
investissements dans le domaine de la culture pour compenser ces points noirs.
En fait, Jean-François Picheral a campé sur son acquis de 1995 (48 % des voix). Mais, il y a six ans, il avait bénéficié d'une triangulaire tandis que cette fois, le MNR Damien Bariller a
obtenu 9,7 % des voix. Non seulement le maire sortant socialiste n'a pas progressé, mais, dans les bureaux de vote qui lui étaient a priori favorables, ceux des quartiers populaires du
Jas-de-Bouffan, d'Encagagne, voire des Milles et de Luynes, les listes Joissains ont dépassé les listes Picheral. Si la droite s'est bien reportée, les électeurs de Convergence (8,12 % au
premier tour), la gauche de la gauche (communistes, MDC, militants syndicaux et associatifs), ont renâclé à voter pour un homme qui leur avait refusé l'union. Or, à Aix, tout se joue toujours à
la marge.
« Nous n'avons pas assez pris en compte le désir de changement des citoyens, analyse Jean-Claude Cette, conseiller et directeur de campagne de Jean-François Picheral, un désir flagrant si l'on
considère les résultats dans de nombreuses villes françaises. De même qu'on a négligé leur demande que soient pris en compte leurs problèmes quotidiens, la propreté, la sécurité... Dans les
quartiers défavorisés, on ne vote pas pour la culture. »
Maryse Joissains a su, elle, admirablement et non sans démagogie, jouer la carte de la proximité, arpentant les cages d'escalier, distribuant tracts et promesses, mobilisant amis, bénévoles,
anciens et nouveaux réseaux et transformant finalement en atout ce qui était à l'origine un handicap : l'absence d'appareil politique. Elle a su - provisoirement ? - faire l'union (avec l'UDF
François-Xavier de Peretti et le RPR Jean Chorro) et « vendre » l'image de la femme au moment où la parité mettait celle-ci à la mode. C'est ainsi que, le 18 mars, Aix-en-Provence, ville de
droite, a retrouvé un maire de droite
C. R.
23/03/2001 N°1488 Le Point