Aix : Les hommes des
candidats
Municipales Aix : Ils ne posent pas sur les photos officielles. Mais ne sont jamais bien loin de l'objectif. Leur téléphone
portable est leur meilleur ami, l'art de l'euphémisme, leur plus solide allié. Origines plurielles et parcours forcément singuliers, ces directeurs de campagne oeuvrent dans l'ombre des candidats
à façonner leur image, définir les stratégies de communication, gérer les équipes de campagne, surveiller la concurrence.
Tout en parant les torpilles qui viennent, aussi parfois, de l'intérieur. Un travail à plein-temps pour ces hommes au caractère plutôt rond en apparence et au sang-froid nécessaire pour déjouer
les attaques sur le terrain -forcément miné - de la politique. Ami, éminence grise, conseil... Ils donnent tout leur temps à la cause. Rencontres.
Avec Michel Pezet : Antony Sette, le jeune loup rocardien
A 32 ans, l'auditeur financier porte une double casquette : celle de directeur de campagne et n°5 de la liste.
En 1994, Antony Sette est élu conseiller municipal à Salernes (Var). Il a 19 ans. "Mon père était élu, président du club de foot et d'autres associations, il en avait marre. Le maire de
l'époque voulait un jeune. Je l'étaiset j'avais un nom." Aujourd'hui, à 32 ans, c'est le directeur de campagne d'un vieux loup du PS et le troisième homme de la liste PS dissidente derrière
Michel Pezet et Jean-François Picheral (le 5 e colistier par le jeu de la parité).
Entre-temps, Antony Sette a fait une école de commerce, lu Les moyens d'en sortir de Michel Rocard, que son père admirait, et transformé le respect atavique en collaboration fructueuse.
"Je lui ai écrit et j'ai harcelé sa secrétaire jusqu'à ce qu'il m'accorde un rendez-vous…" Alors député européen, Rocard se laisse séduire par ce jeune impétueux, l'aide à troquer un
quelconque statut de grouillot dans une obscure caserne contre un poste au ministère de la Défense avant de le garder comme collaborateur et de l'entraîner dans les coulisses du Parlement
européen. "Il m'a appris à lire et à écrire, il me faisait refaire vingt fois le même courrier", raconte-t-il aujourd'hui.
De sa collaboration avec le meilleur ennemi de François Mitterrand, il a gardé un conseil avisé: "Il m'a toujours dit:'Si tu veux faire de la politique, il faut s'assumer financièrement,
sinon tu seras toujours dépendant de quelqu'un'". Après une année et demie de collaboration, il trouve un job à Marseille, et milite dans la circonscription de Marie-Arlette Carlotti. Il suit
Science-Po en cours du soir et poursuit un cursus pour décrocher le diplôme d'expert-comptable. C'est Fleur Skrivan, une des proches de Medvedowsky, qui lui parle de l'espace politique "à
occuper" à Aix.
Il deviendra secrétaire de la section centre, avant de se brouiller avec la frange Medvedowskyste du PS aixois. Officiellement "parce que je ne voulais pas faire la campagne du non au traité
constitutionnel". Officieusement, il commençait déjà à pencher sérieusement vers Michel Pezet… un proche de Rocard. Son job aujourd'hui? Trouver les moyens de sortir Pezet de son statut
d'outsider.
Avec Maryse Joissains : Patrick Ardizzoni
Il n'a pas laissé tomber la gestion des affaires de Jean Chorro pour diriger la campagne de Maryse Joissains.
Après avoir "aidé" à la présidentielle, puis enchaîné la campagne législative dans la XIVe , Patrick Ardizzoni mène activement sa première campagne municipale pour Maryse Joissains. Mais son
visage tranquille, presque poupin, disparaîtra du paysage après le deuxième tour. "Je retournerai à mes affaires. J'estime qu'on ne peut pas tout faire bien en même temps, donc je donne un
coup de main jusqu'à l'élection, c'est tout…"
Le coup de main en question, c'est quand même l'organisation globale de toute la campagne — en tant que directeur, même s'il n'aime pas le titre — dans une équipe de tempéraments. "Maryse
Joissains fait ce qu'on lui dit mais c'est vrai qu'elle est capable de faire exactement l'opposé de ce qu'on peut lui conseiller", avoue-t-il. Ça fait partie du personnage. Comme Alain et
Sophie Joissains, qui ne sont jamais bien loin. "Patrick est organisé, rigoureux, dit Maryse Joissains. Avec Alain, c'est trop affectif, ça ne pourrait pas marcher. Patrick a une
expérience professionnelle forte et c'est quelqu'un de l'extérieur."
De l'extérieur mais pas de très loin. "Je travaille avec Jean Chorro depuis trente ans", explique-t-il, sans s'apesantir sur le fait qu'il a épousé sa fille et qu'il gère 450 salariés
dans les établissements de santé de son beau-père. Il est entré au RPR en 1984 et a fait la bascule à l'UMP. Comment s'est-il fait une place dans ce que les adversaires qualifient de clan
Joissains? "Vous savez, on m'a toujours dit que j'étais la pièce rapportée, mais comme je travaille…". C'est sa clé: une organisation drastique, des journées qui n'en finissent pas et
une attitude de chef d'entreprise, qui aime "déléguer": "On définit une ligne, on n'en change pas. Je réponds à toutes les questions, mais c'est toujours la même réponse".
Ferme mais pédagogique. Savoir brider les colleurs d'affiche qui voudraient s'étendre trop à l'image des concurrents, ne pas froisser les susceptibilités et donner un rôle à chacun dans les
réunions publiques, convaincre Maryse Joissains de parler à un média qu'elle déteste… "Je m'énerve jamais, je crois que je suis apaisant."
Avec Alexandre Medvedowsky : Olivier Sana, l'ami de vingt ans
Son parcours suit fidèlement celui d'Alexandre Medvedowsky. Très fidèlement.
Olivier Sana, un porte-serviette? "Ça dépend de ce qu'il y a dans la serviette", répond-il en esquissant un rictus. Pas de stratégie politique, ni de conseils en image définitifs:
"Nous prenons des décisions collégiales, assure Alexandre Medvedowsky. Mais Olivier, c'est une cheville ouvrière, il organise, c'est un bon régulateur". Et surtout un fidèle,
qui aime garder sa part d'ombre quand c'est le candidat qui prend toute la lumière.
À 16 ans, Olivier Sana entre au PS, où son père Christian est un militant de la première heure. Sa première campagne municipale remonte à 1989 avec des missions de "militant de base" derrière
Jean-François Picheral et Medve: tractage, affichage, porte-à-porte. Aux législatives de 1993, il participe à l'élaboration des documents de campagne pour Medvedowsky et après la victoire à
l'hôtel de ville en 1995, c'est lui qui l'embauche comme chargé de mission à la communication de l'OPHLM.
À partir de ce moment-là, le parcours d'Olivier Sana se règle sur les pas de l'énarque. Directeur adjoint de sa campagne des cantonales en 1998, il le suivra après la victoire dans les arcanes du
Conseil général puis encore dans le rôle du plus proche collaborateur quand Medve décroche la présidence de l'Europôle de l'Arbois. Dont il est actuellement en congé pour faire la campagne de…
Medvé. "C'est sûr, je ne ferai pas ça pour quelqu'un d'autre, ni ailleurs, avoue-t-il. Nous sommes toujours d'accord sur les valeurs politiques que nous voulons
promouvoir."
Olivier Sana pratique volontiers l'autoflagellation dès lors qu'il évoque ses relations avec "un ami avant d'être un patron" et surtout un homme "qui ne l'a jamais déçu".
"Tout ce qui est bien, c'est grâce à lui. Tout ce qui ne va pas, c'est à cause de moi, lâche-t-il, lucide. C'est mon travail aussi de dire des choses qui ne sont pas faciles à
entendre." Son meilleur souvenir avec Medve? Pas une victoire politique mais quand il a procédé à son mariage. Son avenir en cas de victoire? Au cabinet, vraisemblablement. Jamais très loin,
mais pas dans la lumière.
Avec François-Xavier De Pereti : Pierre Terrier, le stratège.
Débarqué de la planète politique Rhône-Alpes, Pierre Terrier dirige la campagne de FXdP et déroule -outre une rhétorique digne des dialogues d'Audiard- un vocabulaire de marketing politiquesans
doute hérité de ses débuts dans la pub: "Il faut créer du désir, dit-il, mais on fait attention à la survente".
L'homme, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions dans le cadre de cet article, ne vend pas son candidat comme un vulgaire pot de yaourt, mais reste sûrement, de tous les collaborateurs
cités ici, le plus influent stratège. Il lâche : "J'ai vu tomber Dubedout à Grenoble". Pour ne pas dire Alain Carignon gagner en 83un historique bastion PS? Il dit: "J'ai fait du
conseil en stratégie politique à Lyon".
Pour ne pas évoquer Michel Noir? Disons qu'il préfère emprunter à René Char — "Penser en stratège, agir en primitif" — et voir grand: "J'ai rejoint De Peretti quand j'ai vu que
Napoléon perçait sous Bonaparte". Waterloo ou Austerlitz? Réponse bientôt.
Alexandra Ducamp (aducamp@laprovence-presse.fr), Publié le jeudi 6 mars 2008